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Se définir par sa carrière
Mes parents ont voulu que je fasse de longues études et que j’aie une superbe carrière libérale comme médecin ou avocate. Malheureusement pour eux, j’ai été à l’opposé de la chose : après trois mois au Cégep, j’abandonnais les cours et j’allais travailler chez Wal-Mart. Par après, j’ai choisi le programme de Cégep qui me semblait le moins pire et le plus intéressant à suivre : DEC en Techniques d’intervention en délinquance. Ensuite, j’ai fait 1001 choses, 1001 jobs, 1001 études non complétées. Puis, j’ai fini par me rendre compte qu’on est bien plus qu’une carrière.
Quand la carrière devient notre identité
J’ai longtemps pensé que la carrière était l’élément qui pouvait nous définir.
J’ai grandi avec un schème de pensée très contradictoire par rapport au travail :
- Travailler, c’est difficile, il faut que ce soit payant, mais ce n’est pas fait pour être agréable
- Ton choix de carrière est important puisque c’est ce qui te définira jusqu’à la fin de tes jours.
Petite mise en situation. Tu arrives dans une fête de famille. Pour Noël, disons. Tu revois des gens que ça fait un moment que tu n’as pas vu. À part le classique « comment ça va? », selon vous, quelle est la première question qui vous sera posée?
« Pis le travail, comment ça se passe? Aimes-tu ça? Tu es rendu où? ».
Vous vous reconnaissez? C’est normal. Je suis pas mal sûre que c’est la même chose dans bien des familles. J’ai même tenté de mettre la main sur des statistiques à ce sujet, mais je n’ai rien trouvé (d’ailleurs, si vous en trouvez, merci de me les faire parvenir). Quand on sait qu‘il y a plusieurs sujets à ne pas aborder lors des réunions de famille pour conserver l’harmonie entre tous, on s’empresse de les ignorer, alors on se rattache à des sujets plus en surface comme la météo ou la carrière. J’exagère à peine…
Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi on y accorde tant d’importance?
LA question sur la carrière à la première date
Maintenant, une autre mise en situation. Vous arrivez dans une date. Quelle est l’une des premières questions qui vous seront posées? Non, ce n’est pas « Aimes-tu les chats? ». Quoi que…. peut-être pour certains! Mais de façon générale, selon mon expérience, c’est plutôt « Que fais-tu dans la vie? ».
Si tu es une personne qui est :
- Sur l’assurance-chômage
- Sur l’aide sociale
- En arrêt maladie
- Mère à la maison
On s’entend que tu la reçois de travers, cette question-là. En plus, parfois, l’une de ces quatre situations peut être temporaire, de très courte durée. Et faut que ça tombe AU MOMENT où tu te fais poser la question. Quoi répondre dans ce temps-là? La vérité, selon moi. Tout se justifie. De toute façon, si cette personne devient ton partenaire de vie, elle finira par savoir les détails de ton histoire de vie. Aussi bien briser la glace tout de suite, n’est-ce pas? À moins que tu ne préfères être pris dans un mensonge et dire que tu as un super boulot méga payant au Centre-Ville de Montréal. Tu risques juste de frapper un mur au moment où ta tendre moitié arrivera chez vous pour te faire une surprise avant ton retour au travail, et qu’elle va te voir à travers la fenêtre. Vas-tu commencer à inventer pleins de raisons bidons pour te justifier? C’est arrivé à une personne que je connais, qui s’est fait mentir comme ça pendant plusieurs semaines. Tu ne veux pas faire ça à quelqu’un.
Alors, fais juste dire la vérité. C’est la même chose pour les trous dans le CV.

Source : Unsplash Les trous dans le CV
Ça vous est peut-être déjà arrivé. Par exemple, si, après la naissance de votre petit dernier, vous avez pris la décision de rester à la maison pendant 2 ans pour vous occuper de vos enfants. Il n’y a rien de plus naturel. Mais ça ne semble malheureusement pas être le cas pour les employeurs. J’ai personnellement souvent été confronté à devoir « boucher les trous » dans mon Cvs qui avaient été causés par des troubles de santé mentale ou le fait que je sois restée à la maison pendant 3 ans après la naissance de ma fille. C’est gênant en entrevue, de se faire poser la question de « Pourquoi a-t-on un vide de X nombres d’années? ». J’ai souvent été tenté de répondre ceci :
« J’ai été sur l’aide sociale et que je passais ma journée à fumer de gros joints et à écouter de la porno ».
Mais, je me suis retenue. Mon désir d’être un peu cinglante avec ma réponse est causé par l’absurdité de la question. Parce que même si c’était le cas, ça ne les regarde juste pas. Qui sont ces employeurs pour juger du passé fragile ou du choix de vie de quelqu’un? Je me demande s’ils discriminent parfois des candidats, à cause de ça. Si vous avez vécu de telles expériences, je serais bien curieuse de vous lire là-dessus.
Pour conclure
En résumé, bien que la carrière soit si importante dans notre société, je crois qu’il faut garder à l’esprit qu’elle ne doit pas nous définir. Dans le sens que ça ne doit pas être le point central de notre identité. Vous êtes une personne humaine avant d’être une personne qui travaille. Peut-être que vous trippez sur les chats, que vous êtes super bon pour giguer, amoureux, futé, daltonien, peu importe. Tous ces points ensemble devraient vous définir. Pas juste la façon dont vous payez votre char.
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Santé mentale : quand on fait partie des statistiques
Aujourd’hui, c’est la journée Bell cause pour la cause #bellcause. Chaque année, cette journée me tient beaucoup à coeur. Évidemment, je pense que chaque jour est une bonne journée pour parler de la santé mentale. D’ailleurs, on devrait pouvoir en parler chaque jour. Mais une journée, c’est mieux que rien du tout. Dans ce billet, j’ai décidé de vous partager un peu mon histoire.
Depuis l’enfance…
Lorsque j’étais enfant, j’ai vécu beaucoup d’intimidation. Au primaire, au secondaire. Je ne pouvais pas y échapper. J’étais malheureuse, je manquais de ressources aussi. À l’époque, on parlait beaucoup moins de la détresse chez les enfants. Ceux dans la classe qui étaient « Hyperactifs », on le savait tous, étaient sur le Ritalin. Les autres, c’étaient les autres.
J’ai subi une agression lorsque j’étais en 3ème année. Un gars de la classe s’est tourné contre moi, car il était tanné de m’entendre chantonner. Il m’a mis un canif en dessous du cou. J’avais 9 ans. J’ai eu la chienne. J’ai eu droit à 2 séances chez la psychologue. Mais à 34 ans aujourd’hui, je m’en souviens comme si c’était hier. Je me rappelle à quel point mon sang s’est glacé et à quel point j’ai eu peur de mourir. Ce n’était pas un film, cette fois. Je sais que ce moment m’a marqué pour toute la vie.
Je ne sais pas à quel point ce qu’on vit lorsqu’on est enfant influence notre possibilité à développer des troubles de santé mentale à l’âge adulte. Mais ce que je sais, c’est qu’il m’arrive encore d’avoir des peurs et de l’anxiété associée à des moments que j’ai vécus dans l’enfance.
La fragilité mentale
Tu le sais, quand t’es fragile. Je le savais. Depuis longtemps. Lorsque mes parents ont également été diagnostiqués, alors que j’avais 18 ans, je savais que mon tour allait venir un jour.
Comme je l’ai mentionné plus haut, depuis que je suis toute petite, je traîne avec moi des périodes de stress, un sentiment incontrôlable de peur, d’anxiété. Aussitôt que survient une situation où je sens que je n’ai pas le contrôle, je me sens extrêmement sur le qui-vive. Mon coeur s’emballe, mais pas de façon positive.
Plusieurs situations considérées banales aux yeux de certains peuvent déclencher en moi un mal-être incroyable. C’est inexplicable. Et ça ne donne surtout absolument rien de se faire dire d’arrêter de stresser pour rien. Ça ne fait qu’empirer la chose.
Quand je suis devenue maman, à 23 ans, j’ai vécu un Post-Partum. C’était soudainement beaucoup plus difficile que je le croyais d’être une maman. J’aimais mon bébé plus que tout, mais j’étais si désemparée et fatiguée.
Ensuite, en 2018, d’autres pépins de vie m’ont amené à songer à en finir pour de bon. Évidemment, je ne suis pas passée à l’acte. À ce moment-là, c’est l’existence de ma fille qui m’a rattachée sur terre. Je ne pouvais pas l’abandonner. Mais j’avais de la difficulté à avouer que j’avais un problème. Avec le recul, je crois que je n’étais pas prête à me faire dire que moi aussi, j’avais un trouble de santé mentale. Je ne pouvais pas me permettre d’avoir l’air imparfaite. Déjà que j’avais plein de défauts.
Santé mentale : Quand rien ne va plus
Un jour, ça n’allait plus. Ce jour est devenu un mois. Ce mois, une année. J’ai été pendant une bonne année en grande détresse. Puis en juin 2019, mon verdict est tombé : dépression, burn-out, troubles anxieux et des traits TPL (Trouble de la personnalité limite). Des p’tites pilules, avec un bon psy. C’est une belle recette. Mais ça demande tellement plus.
C’est à ce moment que j’ai compris que je devais me prendre en main. À 32 ans, je n’avais plus le choix. Sinon, j’allais continuer d’hypothéquer mon temps et d’attendre que ma vie se termine.
J’avais deux façons d’accueillir cette nouvelle :
- Me laisser détruire, me dire que je suis une folle, une bonne à rien, que les médicaments vont faire leur job, que de toute façon, je ne serai jamais heureuse ou ;
- Accepter le diagnostic, prendre cela comme un moteur pour avancer, approfondir les éléments qui peuvent me déclencher des crises ou des réactions fortuites.
Évidemment, j’ai choisi la deuxième option.
J’ai consulté pendant quelques mois, j’ai fait une démarche avec une conseillère d’orientation, j’ai fait beaucoup de lectures aussi. J’ai reconstruit des relations qui étaient importantes pour moi, j’en ai aussi déconstruit d’autres qui étaient devenus toxiques. Je me suis autorisée du temps pour me recentrer sur la vie dont je rêvais. Je suis retournée à l’école, j’ai lancé mon entreprise. Ma vie a repris un nouveau sens depuis ce moment.
Cette période a été le moteur qui m’a mené plus loin. Si je n’avais pas eu le courage d’aller voir le médecin et de dire que ça n’allait pas, je serais peut-être encore terriblement malheureuse.
Aujourd’hui, je me sens bien. J’ai arrêté la médication en mars 2021 et j’ai fait confiance à ma propre capacité à contrôler cette anxiété. Je sais que je reste fragile, que ça reste en moi. Ça fait partie de mon identité. Mais à l’aube de mes 35 ans, je me sens heureuse, en paix. Avec qui je suis, avec ce que je fais. Je suis loin d’être parfaite, mais maintenant, j’arrive à comprendre les raisons de mes réactions, de mes sentiments, de mon anxiété. Cela me permet de mettre en application des stratégies me permettant de vivre normalement avec moi-même et avec les autres.
Être une statistique
Les statistiques mentionnent qu’environ 1 personne sur 5 développera dans sa vie un trouble de santé mentale. Hey bien. Je suis officiellement une statistique. Toi aussi, possiblement. Peut-être aussi ton frère, ton chum, ta mère, ta cousine, ton meilleur ami. Nous pouvons tous être une statistique qui présente un trouble quelconque.
Évidemment, il ne faut pas se sentir uniquement comme une statistique. L’objectif, c’est de pouvoir aborder sa condition sans se sentir juger, stigmatiser.
Ton trouble, s’il est là, il est là. C’est en toi. Heureusement, il peut se contrôler, se soigner peut-être. Je ne sais pas. Je ne suis pas une experte, alors je ne peux me prononcer.
Mais quoi qu’il en soit, il existe de l’aide, du support, même si on croit souvent qu’il n’en existe pas. N’oublie jamais que tu peux composer le 811 pour trouver une ressource qui pourra t’aider.
La santé mentale au coeur des discussions
Ce que j’aimerais, c’est que la santé mentale soit un sujet de discussion qui soit sans tabou. Je sais que plusieurs personnes ne sont pas à l’aise de partager leur état. Je comprends, c’était mon cas avant. Toutefois, j’aimerais dire à ces personnes que d’en parler, ça aide tellement à accepter la maladie. Évidemment, on ne le fait pas pour que les gens nous prennent en pitié, mais pour qu’ils aient une meilleure compréhension de nos schèmes mentaux, de nos réactions émotionnelles.
Aujourd’hui, je n’ai aucune gêne à parler de mon vécu, de mon trouble d’anxiété généralisé ou même de mes traits TPL qui me donnent parfois bien de la misère! Je suis très lucide par rapport à mon état et si je peux aider une personne à chercher de l’aide, à se libérer du poids d’être seule dans son état de mal-être, je me dis que mon devoir aura été accompli.
Si tu sens que tu es à bout, appelle le 1-866-277-3553 (1 866-APPELLE).
Pour trouver une ressource d’aide dans ta région, compose le 811.Si vous avez des questions, des commentaires ou des partages à me faire, je vous invite à me contacter.